Un traitement différencié pour permettre l’expression de tous ?

Contexte
Formation avec ATD Quart Monde au croisement des savoirs et des pratiques avec des personnes en situation de pauvreté

Le tirage au sort est-il bon outil pour faire participer les plus éloignés de la décision publique ?
Lorsque l’on parle de dynamiques participatives, bien souvent on entend « c’est toujours les mêmes qui viennent », « ça n’est pas représentatif », « on manque de nouvelles personnes ».
A ce titre, la mise en place des conseils citoyens prévoit qu’une partie de ses membres soit tirée au sort, afin de favoriser la participation de nouvelles personnes, celles que l’on n’entend pas.
Cette formule du tirage au sort ne fait pas l’unanimité chez les habitants et les associations qui les représentent.

Quelques pistes :
Le tirage au sort est prévu dans la loi, à ce titre il ne peut être évité dans le cadre de la mise en place de conseils citoyens. Toutefois, comprendre les leviers de l’engagement des personnes tirées au sort doit contribuer à accompagner la participation de ces personnes dans la durée.

Peut-on appliquer le principe « faire plus pour ceux qui ont moins » au sein du conseil citoyen ?
La politique de la ville est une discrimination positive territoriale qui tend à rétablir l’égalité en donnant plus de moyens pour ceux qui ont le moins. Au sein d’un collectif, les rapports de domination sociale et économique persistent. Un fonctionnement égalitaire aura donc tendance à favoriser la parole aux personnes volontaires, qui connaissent déjà les processus, les institutions. Un fonctionnement égalitaire aura tendance, donc à minorer l’expression de ceux que l’on entend le moins.
Si les conseils citoyens visent à faire participer les « sans voix » dans une perspective de réduction des inégalités, ne faut-il pas instituer le traitement différencié comme règle de fonctionnement intérieur ?
Il faut se poser la question « qui est concerné » ? Tout le monde souhaite plus de justice sociale, mais une partie de la population est directement concernée, et ne fait pas forcément communauté d’intérêt avec les autres groupes. Pour transformer les rapports sociaux, peut-on être dans un autre registre que le traitement différencié ?

Quelques pistes :
– Différencier, au sein du conseil citoyen, les temps de travail en plénière, et les temps de travail en petit groupe.
– Instituer dès le début un accompagnement renforcé des personnes en difficulté (animation, temps d’expression, temps de debrief) pour s’assurer de la prise en compte de leur parole
– Croiser les savoirs et les pratiques à chaque étape, afin d’éviter à certains de décrocher

Points de vigilance : la définition des règles du traitement différencié
Si le traitement différencié est posé comme principe fondateur, les citoyens du quartier dans leur ensemble peuvent-il définir les règles communes ? Parviendront-ils, de manière autonome, à ériger des règles qui favorisent certains au détriment d’autres ? Par exemple, dans le cadre du croisement des savoirs et des pratiques mis en place par ATD Quart Monde, le traitement différencié induit des règles non négociables.

Pour aller plus loin, consulter le compte-rendu de la formation – pages 59 à 64

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