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Paroles de professionnels : « La militante, la précaire et la professionnelle »

Contexte
Formation avec ATD Quart Monde avec des personnes en situation de pauvreté – Rezé (44)

Il était une fois dans l’Ouest… de la France, une jeune femme en pleine formation. En pleine transformation. Depuis longtemps, elle faisait cohabiter sans trop de recul ses convictions et ses activités. L’éducation populaire en fer de lance, elle privilégiait souvent le sens à la raison, le cœur à son porte-feuille. De projets en projets, elle mêlait de plus en plus étroitement son identité de militante et celle de professionnelle, jusqu’à les confondre.

Elle vivait ainsi dans l’insouciance jusqu’au mois de mai où elle entra en formation avec ATD Quart-Monde.

Soudain, elle fut obligée de se fondre dans « le groupe de pair(s) des associatifs », code couleur oblige. En face d’elle, le groupe des habitant(e)s, qui se faisait appelé « le groupe des militant(e)s ». Mais pourquoi, elle, elle qui militait depuis tant d’années, n’en faisait pas partie ? Elle était venue se former pour agir avec les habitant(e)s et elle se retrouve non pas « à côté de » mais « en face de » militant(e)s, dans un jeu de « nous » et de « eux » dans lequel els étaient face à face. « Eux », c’était les militant(e)s, « nous » c’était les professionnel(le)s. Car force est de constater que c’était bien au nom de sa structure qu’elle était venue. Et par-là même, qu’elle n’était pas militante de la question de la participation des habitant(e)s mais professionnelle agissant pour la participation.

Puis, elle fut obligée de distinguer sa situation personnelle de sa situation professionnelle, travaux en groupes de pair(e)s obligent. Elle qui avait mis un point d’honneur à agir selon son cœur, la voilà contrainte à mettre à distance la partie d’elle-même qui donne le sens à ses actions. Mais plutôt que de creuser sa propre tombe, elle s’aperçut que cela la libérait de certaines de ses blessures. Ces blessures qu’elle avait fuies pour les laisser se cicatriser, elle les sentait à chacune des prises de parole des militant(e)s. mais force est de constater que même si les plaies étaient là, la douleur s’effaçait au fur et à mesure de la prise de conscience de de ce pourquoi elle était venue.

Enfin, le coup de grâce lui a été donné par ces méthodes différenciées qui venaient en contradiction d’une partie de ses pratiques d’éducation populaire. Elle fut en effet obligée de ne pas poser de questions au groupe de militant(e)s, cadre de la formation oblige. Ce cadre de formation qu’elle connaissait si bien, qui l’avait tant de fois rassuré et permis de rassurer autour d’elle, le voilà qui l’empêchait de s’exprimer, de comprendre, d’apprendre.

Elle croyait dur comme ses convictions que si le cadre de bienveillance était co-construit et animé, n’importe qui, peu importe d’où il/elle venait, pouvait prendre la parole face au groupe et être écouté(e). Mais elle se rendit progressivement compte de la pertinence de ce cadre-ci dans ce contexte. Car force est de constater que ces interdictions ont préservé le groupe des militant(e)s et forcé les professionnel(le)s à expliciter leur langage. Ces interdictions ont permis qu’au dernier jour de la formation, militant(e)s et professionnel(le)s puissent tous s’exprimer, chacun de son point de vue, dans la connaissance et le respect mutuel des autres.

Après tous ces conflits intérieurs pour savoir quelle partie d’elle-même allait trouver le trésor de cette formation, elle reprit le chemin de l’expérimentation. Elle vit depuis lors très heureuse et met en œuvre tous les jours des actions nées de ces prises de conscience. Comme autant de trésors à portée de main !

Hélène MENARD, Semer la citoyenneté

cropped-logo.pngY aller par d’autres chemins…