Conseils citoyens : préoccupons-nous de la méthode

Contexte
Cet article est issu d’une réflexion commune des 4 centres de ressources impliqués dans le projet Y aller par quatre chemins, sur la mise en place des conseils citoyens 2 ans après l’annonce de leur création. 

La dimension participative de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine est inspirée du rapport Bacqué – Mechmache[1]

Elle permet d’interroger et de réfléchir à d’autres manières de faire autour de :

  • la politique locale et la politique de la ville
  • la discussion collective et l’animation des territoires
  • la démarche projet (projets publics, associatifs, citoyens)

Constats

Dans une démarche participative, la réflexion autour de la méthode est complémentaire de celle autour des contenus. Cette double préoccupation s’avère utile pour des actions ponctuelles et les dynamiques durables du conseil citoyen.

Comment animer une réunion ? comment donner envie ?   comment garder des traces ? comment mobiliser ?

Mettre au travail collectivement et en parallèle méthode et sujets paraît fondamental pour que chacun puisse s’exprimer. Il s’agit d’un incontournable pour permettre l’implication, la production d’idées nouvelles, le débat, la décision et l’action.

Ainsi, l’accompagnement qui peut être réalisé en direction des membres, des animateurs et des soutiens des conseils citoyens doit, selon nous, s’attacher aussi bien à décrypter ensemble les manières de faire que les résultats qui en découlent : le processus a autant d’importance que le résultat lui-même.

Quelques incontournables de la dynamique collective

Ces « ingrédients » concernent aussi bien les animateurs, qui portent la démarche, que tous les participants qui s’y associent et y contribuent. S’ils sont discutés et explicités, ils peuvent permettre la compréhension et l’adhésion au cadre proposé par l’animateur. S’ils sont partagés et travaillés collectivement, ils facilitent la capacité du groupe à ne pas dépendre d’un animateur providentiel mais à aller vers l’autonomie.

  • se mettre d’accord sur les objets de travail et les objectifs :

Un des premiers objets de travail d’un groupe qui se constitue sera de poser et proposer des réponses à ces questions : pour quoi se réunit-on (d’une manière générale et spécifiquement) ? quels sujets souhaitons-nous aborder ? quand ? comment ? dans quels buts ?

C’est d’autant plus incontournable pour les conseils citoyens que leur rôle n’est pas figé par la loi mais dépend avant tout de ce que leurs membres ont envie d’en faire.

  • Veiller à la qualité de l’accueil :

Le temps de l’accueil est crucial dans une dynamique collective. Ce premier moment fort de la vie du groupe donne le ton (notamment par la convivialité) et permet à chacun des individus de prendre place dans le collectif et par rapport à l’objet de travail. Les conditions d’accueil se préparent en amont, que ce soit d’un point de vue matériel ou de la méthode d’animation.

  • garder les traces et partager l’information :

La circulation de l’information pendant et entre les temps de rencontre, au sein du collectif et avec l’extérieur, est cruciale. Garder traces des temps collectifs, c’est éviter de revenir en arrière, c’est avoir une mémoire collective, c’est donner à voir à l’extérieur ce qu’on fait. Pour cela, les traces doivent être « fidèles » aux temps de travail, en montrant aussi bien les réflexions  sur un sujet que la méthode utilisée et ses possibles supports (écrits, oraux, artistiques).

  • Articuler individu et collectif

Un collectif est composé de personnalités qui peuvent être complémentaires, avec des points de vue qui convergent ou divergent. Le conseil citoyen doit permettre l’expression de chacun (opinions, connaissances, représentations) au service d’un commun à construire (objet, sujet, action).

  • Trouver le bon équilibre entre cadre et liberté :

Loin d’être un obstacle pour la dynamique de groupe, le cadre d’une méthode la favorise souvent lorsqu’il est compris et partagé. Ce qui peut apparaître a priori comme une contrainte imposée (temps, consignes, étapes, etc.) peut être en réalité un levier pour permettre la liberté (d’expression, de décision, d’action), l’avancée de la démarche et favoriser la créativité de chacun.

Cependant, cette vigilance à avoir concernant le cadre ne doit pas devenir aliénante ni empêcher le groupe d’avancer. Celui-ci doit en effet avoir droit à l’erreur, souvent indispensable pour progresser quand elle est identifiée, et peut d’autre part exercer ce cadre avec souplesse, bienveillance et humour.   

Faire vivre la dynamique de groupe : un travail de chaque rencontre

Même si avec le temps la dynamique de groupe peut se consolider, se renforcer ou au contraire se fragiliser, elle est en réalité en jeu à chaque nouvelle rencontre.

  • au début de la réunion, après la présentation du cadre proposé, le rituel de démarrage permet de prendre la température du groupe, (se) mettre à l’aise, faire la transition entre le « dehors » (le froid, le chaud, le quotidien, le travail, etc.), le « dedans » (le collectif qui se rencontre) et (re)faire connaissance. Une consigne demandant la météo du jour de chacun, un questionnaire de Proust ou un portrait chinois peuvent jouer ce rôle ;
  • les moments en sous-groupes y contribuent à leur manière, à travers par exemple des consignes qui suscitent le débat ou encore la répartition aléatoire des participants qui permet de « casser » les affinités préexistantes et de renforcer les échanges au sein du collectif ;
  • les temps pléniers sont des moments privilégiés pour donner à voir les propositions des uns et des autres, décider, mais aussi mesurer, en faisant un « pas de côté », l’avancée du collectif qui s’est réuni (comment a-t-on travaillé aujourd’hui ? qu’avons-nous réussi ?).

[1] http://www.ville.gouv.fr/?pour-une-reforme-radicale-de-la