Cité OK, un jeu pour libérer la parole

Contexte

En Bretagne et Pays de la Loire, la mise en place des conseils citoyens concerne près de 230 000 habitants vivant dans 78 quartiers prioritaires. Afin de soutenir des démarches participatives mises en place avec les Conseils Citoyens, les DRDJSCS des régions Bretagne et Pays de la Loire ont souhaité confier à Réso Villes le déploiement d’un cycle de formation à destination des conseiller.e.s citoyennes.

9 sessions de deux jours réparties sur les régions Bretagne et Pays de la Loire.
Cette formation intitulée « Participer, oui ! Mais, Comment ? » est basée sur l’échange et l’expérimentation d’outils sur le pouvoir d’agir. Pour l’une des séquences de cette formation, RésO Villes a fait appel à Karine Minidré et à son jeu Cité OK pour accompagner les participants dans leur rôle d’écoute et d’élaboration de propositions pour le contrat de ville.

Le jeu Cité OK en quelques dates

2008 : Karine Minidré crée le JOK’coeur
2013 : le Service Médiation-Tranquillité Publique de la Ville de Saint-Nazaire souhaite engager une campagne de sensibilisation au « mieux vivre ensemble » et sollicite le JOK’coeur. Naissance du jeu « Cité OK »
Co-financé par la STRAN (transports en commun) et SILÈNE (bailleur social), « Cité OK » a été conçu pour la mobilité et l’inclusion. Avec son format surdimensionné, il est possible d’y jouer « dans la rue, aux pieds des immeubles » avec un large public à partir de 12 ans.
2013 : Cité OK est récompensé par un « Audacity Award ». Il connait aujourd’hui un bel essor et est disponible à l’emprunt dans plusieurs IREPS de France (Instance Régionale d’Éducation et de Promotion de la Santé).

Télécharger la plaquette de présentation du jeu Cité OK

Des situations de la vie quotidienne

Karine, en quelques mots, peux-tu nous décrire ce que les participants expérimentent avec ce jeu ?
Les joueurs vont « accompagner » des personnages volontairement caricaturaux dans des situations de la vie courante (problèmes de voisinage, nuisances dans les transports, dégradations, incivilités, discrimination…). Chaque personnage est « retranché » derrière son mur de briques. Le but du jeu : l’aider à déconstruire son mur pour construire ensemble le quartier, la ville, la Cité idéale.
Les joueurs vont d’abord explorer les émotions de chacun des personnages face à la situation énoncée puis imaginer et formuler les besoins qui ne sont pas satisfaits (ex : besoins de sécurité, de paix, de considération, de liberté, d’appartenance…). Lorsque tous les personnages auront été écoutés et entendus, les joueurs tenteront de trouver un compromis, des solutions sans en référer à la Loi de façon intempestive.
Avec « Cité OK », les participants expérimentent le processus de Communication Non-Violente conçu par Marshall Rosenberg. Cet outil de communication invite chacun à être à l’écoute de ses ressentis puis à les nommer et à repérer ses besoins pour formuler une demande ou mettre en place une action.
Cette petite « gymnastique relationnelle » permet de développer les compétences psychosociales définies par l’OMS, dont en premier lieu, la conscience de soi. On y expérimente aussi l’empathie pour les autres, comment gérer ses émotions, être habile dans ses relations, développer une pensée critique et une pensée créative, savoir résoudre des problèmes.
Par le biais du jeu, les participants explorent de nouvelles façons de communiquer et de résoudre des conflits. Le caractère fictif et décalé de la pratique ludique facilite les échanges et libère la parole en offrant à chacun un outil de communication efficace et transposable à toutes les situations de la vie courante.

Dans quel cadre le jeu est il utilisé, diffusé ?
Depuis sa création, les médiateurs de la Ville de Saint-Nazaire utilisent régulièrement « Cité OK » en particulier lors de leurs interventions dans les établissements scolaires. Pour ma part, je continue à intervenir avec « Cité OK » dans de nombreuses occasions (formation de délégués de classe en lycée professionnel, rencontres de maisons de quartier, Rallye Citoyen PJJ…),
Aujourd’hui, il fait l’objet d’un travail d’adaptation pour répondre au mieux aux préoccupations du public adolescent de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse). Avec de nouvelles situations et de nouveaux personnages élaborés en partenariat avec un groupe technique composé d’éducateurs, infirmiers et enseignants; cette version adaptée a été présentée lors des Journées Nationales PJJ à Roubaix en mars 2017.
Il est également utilisé dans le cadre de formations à destination des membres des conseils citoyens de Bretagne et Pays de la Loire.

Un outil mis au service des missions des conseillers citoyens

Justement, en 2017, tu es sollicitée par RésO Villes pour intervenir auprès de membres des conseils citoyens. As-tu eu des appréhensions ? Comment ça s’est passé ? Est-ce différent d’utiliser ce jeu avec des conseillers citoyens ?
D’abord j’ai ressenti une grande joie et de l’enthousiasme à l’idée d’intervenir pour RésO Villes auprès de membres de Conseils Citoyens. Donner du sens, agir sur le monde, encourager l’assertivité et l’épanouissement de chacun sont les valeurs qui guident chacune des actions que je mène avec le JOK’coeur.
J’éprouve de l’admiration devant l’implication et l’engagement des membres de Conseils Citoyens pour le mieux vivre ensemble au sein de leur commune et suis fière de contribuer, par la transmission de mes outils, au développement de leur mission.
L’enthousiasme et le professionnalisme de l’équipe de RésO Villes ont eu raison de mes petites appréhensions. Le travail de concertation et d’adaptation réalisé en amont ont instauré une confiance réciproque.
Le rôle de représentant et de porte parole des conseillers citoyens constitue un véritable enjeu de société. L’utilisation de « Cité OK » en est d’autant plus palpitante.

Déconstruire son mur pour bâtir la ville

Selon toi, quelles sont les clefs pour booster le pouvoir d’agir des conseillers citoyens ?
Avoir conscience de soi, comprendre les mécanismes de la Relation et ses enjeux, développer une meilleure qualité d’écoute sont à mon sens, les atouts fondamentaux pour booster le pouvoir d’agir des conseillers citoyens.
Prendre conscience de nos besoins et de ceux de nos concitoyens, être capable de les nommer et de les exprimer participe de la reconnaissance nécessaire de chacun pour développer l’assertivité.
L’aisance relationnelle, la qualité d’écoute et de prise en compte tant de nos concitoyens que des différents acteurs de la Politique de la Ville constituent les bases d’un dialogue constructif pour une véritable transformation sociale.
Développer ces compétences, c’est élargir son champ d’action. C’est incarner le changement que nous voulons voir dans ce monde, comme disait Gandhi et inspirer ceux qui doutent.
Clarifier notre intention, encourager l’épanouissement et la pleine réalisation de chacun, s’affranchir de nos peurs en faisant de nos différences la plus grande des richesses, cultiver et valoriser la notion d’interdépendance : voilà un formidable trousseau de clés pour agir sur le monde… une caisse à outils idéale pour manifester notre humanité dans toute sa splendeur.